Avant la prise de décision… Le Groupe

Nous abordons aujourd’hui un élément essentiel sous une approche psychologie sociale : le GROUPE.

Il est commun de penser qu’avant de prendre une décision collective, un groupe est formé, soit sur du long terme (ex. une équipe sportive dans un club) soit de manière éphémère (ex. une équipe pour un appel à projet). Mais au final, qu’est ce qu’un groupe ?

cohésion de groupe

Au cours de notre vie nous appartiendrons à de nombreux groupes. Ils peuvent correspondre à notre famille, notre équipe sportive, notre équipe de travail etc. Ils peuvent être de différentes tailles et dans divers domaines.

Un des pionniers ayant étudié le groupe est Kurt Lewin (en 1947) (1). Il conçoit le groupe comme une entité ayant sa propre dynamique. En d’autres termes, un groupe n’est pas une somme de personnes mais plutôt une interdépendance entre ces personnes. Bien que cette définition soit intéressante, il existe une autre façon de le concevoir, et c’est celle-ci qui retiendra notre attention car, plus actuelle.

Henri Tajfel (en 1970) (2) conçoit le groupe comme un sentiment d’appartenance. Il suffit que des personnes se perçoivent comme appartenant à une même unité sociale (sexe, couleur de peau, religion…) pour qu’un groupe existe. Vous me suivez jusque-là? On parle alors, d’appartenance catégorielle :  vous n’avez pas besoin d’être présent pour qu’il existe, il suffit de le sentir. Vous sentez que vous appartenez à un une catégorie, et c’est ce qui importe pour que le groupe soit formé.

En définitive, notre appartenance à un groupe joue un rôle fondamental dans notre identité sociale.

Pourquoi? Car c’est en appartenant à des groupes sociaux que les personnes vont chercher à afficher et renforcer une image positive d’elles-même.

Cette vision permet, finalement, d’expliquer des phénomènes tels que la cohésion, les performances, le leadership. Voyons un peu plus en détail à quoi correspond la cohésion d’un groupe et le leadership.

La cohésion sociale

C’est Michael Hogg (en 1995) qui explique que la cohésion d’un groupe se construit à partir d’une perception partagée qu’ont les membres vis-à-vis du groupe. Cette perception se met en place suivant le processus d’auto-catégorisation. Qu’en est-il ?

En fait, chacun des membres doit se sentir inclus et doit vouloir s’inclure dans un même groupe. Celui-ci sera alors distinct des autres groupes présents dans la société. La distinction avec les autres groupes se fait grâce à 2 phénomènes.

Le premier qui, comme nous l’avons vu plus haut, est l’appartenance catégorielle. Le second phénomène, est un peu plus compliqué à appréhender. (Accrochez-vous bien !)

Il s’agit de la prototypicalité. C’est à dire une dépersonnalisation qui n’a rien de négatif en réalité, et qui renvoie à une part de l’identité qu’on construit dans un groupe. Ce que cela signifie, c’est que chacun de nous est un prototype du groupe auquel il appartient. Tout en ayant notre personnalité, nous avons une part de nous qui correspond a celui auquel nous appartenons.

La cohésion sera d’autant plus forte que les membres du groupe seront conformes au prototype.

Attention ! C’est le degré de prototypicalité qui provoque de l’attrait pour une personne dans un groupe, et non ses caractéristiques personnelles.

Exemple : dans une équipe de travail qui valorise la créativité, un membre modérément créatif sera très probablement attiré par celui qui est le plus créatif, et donc le plus prototypique du groupe.

Le leadership

L’idée de Alexander Haslam,  Stephen Reicher et de Michael Platow (en 2011) (4) est que le leadership est relatif à  la constitution d’un « nous » dont le leader fait partie. Il n’est pas le grand homme au dessus de nous, simples mortels mais il est un des nôtres et son terrain d’action est celui du groupe.

Ces auteurs nous proposent 4 conditions grâce auxquelles le leadership serait optimal :

  1. Le leader est celui qui correspond au mieux au prototype du groupe : plus il sera proche de l’identité de celui-ci, plus il sera considéré comme « un des nôtres » et plus il aura de l’influence et deviendra celui qu’il faut suivre.
  2. Le leader est celui qui agit comme un champion : il faut qu’il agisse pour les valeurs et les intérêts du groupe. Il doit être « fait » pour celui-ci. Il est celui qui  défendra avec le plus d’ardeur les intérêts de l’ensemble et non ses propres intérêts.
  3. Le leader est celui qui entretient l’identité du groupe : il est là pour rappeler aux membres qui ils sont, pourquoi ils sont là, et proposer les idées et actions qui revivifient l’identité du groupe.
  4. Le leader est celui qui est porte-parole du groupe face au monde social : il est celui qui traduira au monde les aspirations et qui convaincra le monde de leur force sociale.

Pour conclure

Cette présentation est une des façons dont on peut appréhender le groupe. Dans bien d’autres domaines cette notion peut être définie de différentes manières. L’environnement social et technologique est un des facteurs qui agit sur la formation et le fonctionnement du groupe. Au fil du temps, cette notion a évolué et est amenée à se transformer.

Pour en apprendre davantage, nous vous invitons à lire notre article sur les biais dans la prise de décision collective :

Lire aussi sur notre blog

Les biais dans la prise de décision collective – Partie 1


Références :

(1) Lewin, K. (1947). Group decision and social change. In E. Swanson, T.M., & E.L. Hartley (Eds.), Readings in social psychology (pp. 197-211). New York : Holt.

(2) Tajfel, H. (1970). Experiments in intergroup discrimination. Scientific American, 223, 96-102.

(3) Hogg M. A. (1995): Le concept de cohésion reformulé. In G. Mugny, D. Oberlé, J.-L. Beauvois (Dirs.), Relations humaines, groupes et influence sociale. Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble.

(4) Haslam, A. S., Reicher, S., & Platow M.J. (2011) The new psychoogy of Leadership Identity, Influence and Power. Psychology Press, 1-263.

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