Les biais dans la prise de décision collective – Partie 1

Biases in Collective Decision-Making

Au sein des groupes, tout n’est pas toujours rose. Il ne suffit pas qu’un groupe soit formé pour que, d’un claquement de doigt, les décisions soient prises. Bien au contraire, il existe plusieurs difficultés auxquelles sont confrontés les groupes, qu’on appelle en psychologie sociale : les biais.

Dans ce premier article nous allons examiner en détail un de ces biais. Puis, dans les prochains articles nous étudierons d’autres biais qui touchent les prises de décisions collectives. Au total, trois biais seront explorés sur le blog.

Si vous vous rappelez bien, dans un précédent article nous parlions de la notion de groupe. Nous nous étions interrogés sur sa définition et sur quelques astuces pouvant améliorer la formation du groupe. Si vos souvenirs vous font défaut, ou si vous êtes simplement curieux, je vous invite à (re)lire l’article :

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Avant la prise de décision… Le Groupe

Pour cette première partie, nous allons discuter d’une des difficultés qu’un groupe peut rencontrer fréquemment lorsqu’il doit prendre une décision. En effet, il n’est pas toujours simple de prendre une bonne décision. Ce n’est pas parce que nous pensons que tous les membres du groupe ont pris la parole, que la décision sera de qualité.

Ainsi, nous amène à discuter du biais dans le partage de l’information.

Qu’est ce que c’est ?

Il est défini par Claudia Toma et ses collaborateurs (en 2012) (1) comme la tendance des membres d’un groupe à se focaliser sur les informations qui sont communes à tous et non sur les informations particulières que seulement quelques-uns des membres du groupe auraient en leur possession. Pour vérifier cette hypothèse, les auteurs ont mis en place le paradigme suivant :

Le paradigme du profil caché : Dans celui-ci, deux options A et B, sont présentées à des groupes. Une des deux options est la réponse optimale (A). Les informations concernant les options A et B sont réparties de sorte qu’individuellement les membres des groupes n’arrivent pas à trouver la solution, celle-ci est « cachée ». Certaines informations sont connues par l’ensemble des membres alors que d’autres ne sont connues que par quelques uns. Pour que la solution soit trouvée, il faut que toutes les informations détenues par tous les membres soient partagées.
Les résultats montrent que les groupes échouent à trouver la solution optimale qui est A, car ils possèdent des informations communes en faveur de B alors qu’individuellement ils ont autant d’informations en faveur de A. Pourtant, personne ne les partage.

La tendance est vérifiée

Effectivement, lorsque nous partageons des informations nous ne partageons que des informations dites communes. C’est-à-dire, celles qui sont détenues par l’ensemble des membres du groupe. Elles sont celles qui sont le plus discutées entre les membres, et qui amènent le groupe à prendre une mauvaise décision. Pourtant, d’autres informations mériteraient d’être partagées. Ce sont les informations uniques qui ne sont détenues que par très peu des membres du groupe.

Ce genre de biais est courant, et existe dans la vie de tous les jours.
Par exemple, c’est ce qui peut se produire lors d’un conseil de classe, alors que les enseignants sont amenés à discuter d’un élève dissipé. Les enseignants qui partagent les informations sur cette caractéristique s’exprimeront plus que ceux qui ne partagent pas leur avis. Par conséquent si toutes les informations détenues par l’équipe pédagogique ne sont pas partagées, cela peut entraîner d’importantes conséquences.

Bien heureusement, pour contrer le biais dans le partage de l’information, il existe des techniques.

Astuces pour favoriser le partage d’informations

💡 Astuce n°1 :

Il faut renseigner les membres du groupe sur l’existence du biais. En jargon de psychologue, on appelle cela la méta-information. Selon Dimitri Vasiljevic (en 2010) (2) cette méta-information permettrait de renseigner avant la discussion, les membres du groupe sur la distribution inégale des informations. Ainsi, l’ensemble des informations pourrait être pris en compte et amènerait à prendre une meilleure décision.

💡 Astuce n°2 :

Il faudrait désigner des experts de divers domaines au sein du groupe. Ces désignations permettraient d’améliorer le partage des informations uniques. Puisqu’elles proviennent d’experts, elles seront accueillies et discutées par l’ensemble du groupe.

Conclusion

Il est toujours difficile dans un contexte réel de se rendre compte des éléments qui peuvent nuire au groupe. Le biais dans le partage de l’information est celui qui est le plus courant, puisque les différences inter-individuelles y jouent un rôle important. Chaque personne agit selon ce qui lui semble important ou non, et donc divulgue ou non des informations. Même en connaissant l’existence de ce biais, il n’y a pas de réel automatisme qui puisse permettre d’éviter ce biais. Il y aura parfois un doute qui subsiste et une petite voix dans sa tête : « peut-être que je vais dire une bêtise si je parle… ».

Néanmoins, savoir que nos idées et nos connaissances peuvent être des éléments-clés dans une prise de décision est important et stimule nos contributions.

Pour en apprendre davantage sur les biais dans la prise de décision collective, nous vous invitons à lire la partie 2 de cette article :

Lire aussi sur notre blog

Les biais dans les prises de décisions collectives – Partie 2


Références :
(1) Toma, c., Vasiljevic, D., Oberlé, D., & Butera, F. (2012). Assigned experts with competitive goals with hold information in group decision making. British Journal of Social Psychology.

(2) Vasiljevic, D. (2010). A quelles conditions les groupes échappent-ils aux biais dans le raisonnement ? Le rôle des méta-informations. Thèse de doctorat. Université Paris Ouest, Paris, France.

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