Les biais dans les prises de décisions collectives – Partie 2

groupthink

Nous parlions il y a quelque temps du biais dans la partage d’ informations au sein d’un groupe. Ce biais était le premier d’une série de trois. Dans cet article, nous allons vous parler du deuxième biais. Sans plus trop faire de suspense, il s’agit du biais, appelé : la pensée de groupe.

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Qu’est ce donc ?

Intitulée ainsi, la pensée de groupe ne parait pas a priori, problématique. Pourtant, c’est un phénomène, qui apparaît souvent dans les groupes très cohésifs.

Entre 1972 et 1983, Irving Janis (1) a travaillé sur ce phénomène, et nous propose la définition suivante : « un désir de cohésion au sein d’un groupe qui produit des pressions à l’uniformité, de l’autocensure et une illusion à l’unanimité ». En d’autres termes, la pensée de groupe élimine l’esprit critique et la recherche d’argumentation alternative aux premières décisions.

Le débarquement de la Baie des Cochons à Cuba en 1961 constitue un exemple classique de ce phénomène. La décision de faire débarquer 1400 exilés cubains anti-castristes, entraînés pour renverser le gouvernement de Fidel Castro avait été prise par une équipe soudée, composée d’experts. Leur forte cohésion a produit une pensée de groupe et a entraîné une mauvaise décision, puisque le débarquement a été un cuisant échec.

Les membres du groupe sont aveuglés par la puissance de cohésion qui règne et ne prennent pas en compte les risques que comporte la décision.

Les 4 étapes d’Irving Janis

Irving Janis a identifié quatre étapes qui caractérisent le phénomène de pensée de groupe.

1. Les antécédents-une pression temporelle
-un leadership autoritaire
-une forte cohésion
2. Les symptômes-une illusion d’unanimité
-une conviction d’un bien fondé de la décision collective
-de l’autocensure
-un rejet des opposants
3. Le traitement de l’information défectueux-peu de recherche d’informations nouvelles
-un partage incomplet d’informations
-une absence d’examen d’alternatives possibles
-une absence de réexamen de la décision dégagée
4. La conséquence-une prise de décision défaillante.

Ces contextes inhibent les capacités du groupe à utiliser les ressources cognitives de ses membres et les poussent à trouver une solution rapidement qui satisfait tout le monde. Ainsi, on abouti à une décision qui n’est probablement pas la meilleur et qui peut être la pire.

Quelques recommandations  :

En 1982, Irving Janis (2) a établi une liste de 10 recommandations à suivre pour éviter la pensée de groupe.

  • Parler aux membres du groupe de la pensée de groupe, de ses causes et de ses conséquences.
  • Recommander à l’animateur de la réunion, l’impartialité pour que toutes les positions puissent s’exprimer.
  • Proposer le « rôle de l’avocat du diable »
  • Intercaler des séquences en sous-groupes, puis en réunion plénière, faire apparaître les différences dans leurs conclusions.
  • Avant d’entériner une décision, organiser une réunion de « la seconde chance » où chacun est sollicité à exprimer ses doutes éventuels.
  • Inviter un expert extérieur régulièrement pour qu’il mette en question les idées du groupe.
La pensée de groupe

Ces différentes recommandations peuvent être mises en place indépendamment les unes des autres. L’important dans un groupe, c’est d’une part, garder à l’esprit l’existence du phénomène de pensée de groupe et d’autre part, essayer de ne pas être fermé à toute autre proposition extérieure.

Conclusion

Bien évidemment, il n’est pas facile de prendre de la hauteur et de se rendre compte des phénomènes qui s’installent au sein du groupe. La priorité est d’avoir la connaissance des problèmes qui peuvent survenir et de tirer la sonnette d’alarme quand on a l’impression que les décisions sont prises trop vite, ou trop facilement.

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Références :

(1) :  Janis, L.L. (1972, 1982a). Victims of groupthink. Boston : Houghton Mifflin.

(2) :  Janis, L. L. (1982b). Counteracting the adverse effects of concurrence seeking in policy planning groups : theories and research perspectives. In H. Brandsätter. J.H. Davis et G. Stocker Kreichgauer (Eds.), Group decision-making (pp. 477-501). New York : Academic Press.

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